Théorie de la croissance musculaire.

Jusqu’à récemment, il était communément admis que la croissance musculaire était causée par le mécanisme suivant :

1. Stimulation via les exercices de résistance

2. Libération de testostérone et d’hormone de croissance

3. Libération de facteurs de croissance (en particulier les IGF-I)

4. Augmentation de la synthèse protéique

Cette hypothèse est de plus en plus remise en cause par plusieurs scientifiques. D. W. West et S. M. Phillips de l’Université McMaster d’Hamilton au Canada soutiennent que : « …il y a une croyance persistante (dans la littérature scientifique comme parmi ceux qui pratiquent la musculation comme loisir) selon laquelle la libération d’hormone de croissance et de testostérone via l’entraînement sous-tend l’hypertrophie musculaire grâce à l’entraînement de résistance. C’est une hypothèse hâtive car si un apport pharmacologique en hormone de croissance peut accroître la force ou la taille des muscles chez les individus présentant une carence (en hormone de croissance), rien ne prouve que l’évolution de la présence de cette hormone via un entraînement momentané a les mêmes effets chez les individus présentant un niveau normal d’hormone de croissance. Les modèles d’exercices sont conçus en se fondant sur l’hypothèse (dont les mécanismes qui la constituent ne sont pas forcément prouvés) selon laquelle l’hormone de croissance et la testostérone facilitent les processus anabolisants et entraînent une accrétion et une hypertrophie des protéines musculo-squelettiques. Nos récents travaux remettent en cause cette hypothèse. En fait, nos données indiquent que l’augmentation du niveau hormonal induite par l’effort ne renforce pas les marqueurs de signalisation anabolique intracellulaires ou l’augmentation de la synthèse de protéine myofibrillaire post-effort. En outre, les données provenant de notre étude sur l’entraînement démontrent que l’augmentation du niveau d’hormone de croissance et la disponibilité de la testostérone induite par l’effort n’augmentent pas forcément la force et l’adaptation liée à l’hypertrophie. Nos conclusions indiquent que les mécanismes locaux qui sont intrinsèques au tissu musculo-squelettique à l’origine des contractions de résistance (par exemple le soulèvement d’un poids) sont prédominants dans la stimulation anabolisante. » (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20959702)

L’importance de l’étude de West réside dans l’observation des IGF-I. Ce facteur de croissance est presque toujours associé à la croissance musculaire mais pour West, il n’y a pas de lien direct entre une augmentation des niveaux d’IGF-I et l’augmentation de la synthèse protéique dans les muscles.

Voici l’extrait d’une autre étude menée par West et ses collaborateurs : « Cependant, si ces hormones (testostérone, hormone de croissance, IGF-I) sont clairement anabolisantes pendant l’enfance et lors de la puberté, ou lorsqu’elles sont administrées de façon exogène à des doses supraphysiologiques, l’augmentation momentanée de la concentration en hormone après l’effort n’a que très peu d’impact sur la réaction consistant en une forte synthèse protéique ou sur un phénotype hypertrophique après un entraînement de résistance. Ainsi la forte augmentation après l’effort en hormones systémiques n’est en aucune façon un marqueur d’anabolisme par procuration car elle ne sous-tend pas la capacité du muscle à s’hypertrophier de façon mesurable. » (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20541030)

Quels sont donc ces mécanismes intrinsèques ?


 “…la forte activation de protéines situées intrinsèquement comme la p70(S6K) et la forte augmentation de la synthèse de protéines musculaires reflètent davantage le potentiel de croissance de la masse musculaire via l’entraînement de résistance. En définitive, les mécanismes locaux sont activés par le stress imposé par la charge musculaire et préparent le muscle à l’accrétion de protéines. Les molécules dérivées de la membrane et les voies de détection de la tension sont deux mécanismes intrinsèques qui interviennent dans la régulation de la synthèse et de l’incorporation des protéines musculaires dans la myofirbe en réponse au stress mécanique provenant des contractions sous l’effet du poids. » (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20541030)
Il s’agit là d’une évolution importante dans la recherche sur la croissance musculaire. Etant donné que de telles découvertes sont relativement récentes (les extraits sont tirés d’études publiées en 2010), on peut s’attendre à ce que beaucoup d’autres équipes tentent d’expliquer ces mécanismes intrinsèques de façon plus approfondie.